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Plombée par Moody’s, l’Espagne approche du point de non retour :

juin 15th, 2012 by brindherbe

 Copyright Reuters

Sophie Rolland

Après la dégradation de sa note de trois crans par Moody’s, la dette publique espagnole se retrouve à la limite de la catégorie spéculative. Ce qui fait déjà fuir certains investisseurs. Les taux espagnols à 10 ans ont flirté avec les 7 % en milieu de journée. Pendant ce temps, les parlementaires européens réfléchissent à une meilleure régulation des agences. Mais lorsque celle-ci entrera en vigueur, le mal sera déjà fait…

Le ministre de l’Economie espagnol a déclaré jeudi que le gouvernement prendrait des mesures dans les jours et les semaines à venir afin de réduire la prime de risque sur la dette nationale, jugée insoutenable. L’écart de rendement (ou spread) entre la dette espagnole à 10 ans et la dette allemande de même échéance, a dépassé les 550 points de base, un nouveau record depuis la création de l’euro. Quant aux taux espagnols à 10 ans, ils ont touché les 7 % en fin de matinée.

L’Histoire bafouille

Si les coûts d’emprunt se maintiennent à un tel niveau, l’Espagne sera bientôt dans l’impossibilité de refinancer sa dette sur les marchés internationaux. Dans ces conditions, le plan d’aide aux banques sur lequel un accord de principe a été trouvé le week-end dernier, pourrait bien se transformer en plan d’aide « classique ». L’Histoire bafouille. C’est également lorsque le rendement de leurs obligations souveraines avait dépassé le seuil de 7% que la Grèce, l’Irlande et le Portugal avaient dû se résoudre à faire appel à un plan de sauvetage international.

Les agences de notation exacerbent la nervosité des marchés

Les agences de notation ont exacerbé la nervosité des marchés, à quelques jours des élections législatives en Grèce. Mercredi soir, Moody’s a abaissé de trois crans la note souveraine de l’Espagne (de A3 à Baa3). Cette décision était attendue. Moody’s avait dégradé l’Espagne moins vite que ses consœurs, Standard & Poor’s (BBB+) et Fitch (BBB). Elle génère pourtant une inquiétude particulière, car désormais les titres de dette espagnols sont à un cran de la catégorie dite « spéculative » chez Moody’s (à deux crans pour Fitch et trois pour S&P) et l’agence a prévenu qu’elle envisageait de baisser davantage sa note à un horizon de trois mois.

Une fois dégradée en “junk bonds”, la dette espagnole fera fuir les investisseurs

Le problème est qu’une fois qu’elle sera dans la catégorie des obligations « pourries » (junk bonds), la dette de l’Espagne ne remplira plus les conditions de qualité jugées suffisantes par la grande majorité des investisseurs. Non seulement, ceux-ci cesseront alors d’acheter de la dette espagnole mais ils devront se délester de leurs titres. La poche d’investisseurs s’intéressant aux obligations spéculatives étant nettement plus réduite, les rendements risquent alors de s’envoler.

Les notes, de “simples opinions”

Souvent accusées de jeter de l’huile sur le feu, les agences de notation se défendent en présentant leurs notes comme de simples opinions qu’il revient aux investisseurs de prendre ou de ne pas prendre en compte. Reste que depuis la crise des subprimes, l’ensemble des régulateurs et des acteurs de marché ont pris conscience de leur influence excessive.

La régulation des agences de notations avance, mais doucement

Le 19 juin prochain, les parlementaires européens prévoient d’avancer sur un nouveau volet de la régulation des agences. La commission des affaires économiques et financières devrait en effet adopter le rapport du socialiste Leonardo Domenici. Le principe de rotation obligatoire des agences, défendu par la Commission européenne fin 2011, pourrait être abandonné, sauf peut-être pour les produits structurés. En revanche, afin d’éviter les mouvements de marché mécaniquement déclenchés par le changement d’une note, il serait question de supprimer toute référence aux notes des agences dans les textes réglementaires d’ici à fin 2014.

Reste la question de la responsabilité des agences. Auditionné le 11 avril dernier par le Sénat, Jean-Pierre Jouyet, la patron de l’Autorité des marchés financiers, avait estimé qu’il était « indispensable de rendre les agences de notation plus responsables. Il n’est pas normal que des agences américaines qui exercent en Europe s’abritent derrière le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis pour nous dire qu’elles émettent de simples opinions. Le prix de l’indépendance, c’est la responsabilité ». Le temps des régulateurs n’est toutefois pas celui des marchés. En attendant que les discussions aboutissent, les Espagnols et les Italiens devront peut-être solliciter un plan de sauvetage international.

 

Source : La Tribune

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